SE RE-DECOUVRIR
Asterisk Globe-Trotteur ou voyageur pendant la crise du coronavirus
01/04/2020 Isabelle in SE RE-DECOUVRIR / No comments

Depuis un an, nous sillonnons l’Asie, à notre rythme… qui est lent, puisque nous restons en moyenne 1 mois à chaque endroit. Nous prenons nos marques, nous établissons une routine de travail, puis quand l’envie de bouger se fait sentir, nous envisageons la suite. Seulement, le coronavirus change la vie de toute la planète, et c’est sur cette planète que nous vivons et voyageons. Nous sommes donc impactés par ce virus, comme tout le monde. Voici notre expérience de la crise du Coronavirus en mode Globe-Trotteur

Au Vietnam depuis 3 mois

Le 1er janvier 2020, nous nous installions à Hô-Chi-Minh ville (Saïgon), dans le sud du Vietnam. La veille, nous hésitions encore à aller… à Hong-Kong. Ouf, nous avons plutôt opté pour le Vietnam ! Nous envisagions de remonter tranquillement vers le nord… mais nos plans ont quelque peu changé, d’abord et avant tout parce que l’endroit où nous sommes nous a tout de suite conquis : un immeuble simple, entouré de verdure, avec une vie de quartier typique et charmante, de nombreux stands de nourriture de rue, des cafés où aller travailler, des activités pour enfants et la possibilité de tout faire à pieds. Nous avions enfin trouvé un endroit où nous projeter quelque temps. Bien nous en a pris, puisque nous entamons ici notre 4ème mois. Nous avons donc vécu fin janvier la fête du Têt (le nouvel an lunaire = les vacances annuelles des Vietnamiens) et dans la foulée…. les prémisses d’une crise devenue mondiale

Une gestion de crise exemplaire

Le gouvernement vietnamien a pris des mesures drastiques dès l’annonce d’un nouveau virus circulant en Chine : suspension des visas pour les touristes chinois, fermeture des écoles, mise en quarantaine des zones où l’on dénombrait plusieurs personnes atteintes du coronavirus. Tout s’est fait dans la mesure, avec réalisme ; le durcissement des règles a été progressif et connaît aujourd’hui son apogée, puisque tout le pays est confiné pendant 15 jours (pour 200 personnes atteintes du Covid-19).

Ici, au moindre symptôme de Covid-19, une personne est emmenée à l’hôpital et le lieu où elle vivait (immeuble, voire ville ou quartier) est mis en quarantaine, son itinéraire est retracé et circule sur les réseaux sociaux afin que les personnes ayant été en contact avec elles s’isolent. Toute la population suit scrupuleusement l’incitation à porter des masques (de fait, on en porte déjà pour éviter la pollution) et à s’isoler. 

Pourquoi ça marche si bien ? Parce que tout le monde sait que les infrastructures médicales ne seraient pas suffisantes en cas de pandémie. Par ailleurs, trois générations vivent souvent sous le même toit. Dès le début, il a donc été primordial d’éviter la propagation du virus parmi les enfants. C’est pourquoi les écoles n’ont pas rouvert après les vacances du Têt et personne ne s’en est plaint parmi les Vietnamiens.

Cette politique est louée à l’international et les résultats sont là : à ce jour, 200 personnes infectées par le coronavirus, aucun mort et une trentaine de personnes rétablies. (rectification au 21/04 : environ 270 personnes infectées, près de 200 déjà remises, et toujours aucun mort).

Et les visas ?

Tous les nomades le savent : les visas (leur obtention et leur durée) sont nos premiers repères lorsqu’il s’agit de décider dans quel pays aller et combien de temps y rester. Aujourd’hui, la question est donc : pouvons-nous rester ici ad vitam aeternam ? Certainement non, à moins que nous ne montions notre entreprise ou soyons embauchés ici, et puissions ainsi bénéficier de visas de travail. Et encore, la délivrance et le renouvellement de visas de travail aux étrangers sont actuellement suspendus. Nous, simples touristes, nous pouvons rester jusque fin mai, voire un peu plus en y mettant une somme rondelette.

D’une manière générale, la gestion des visas est un gros sujet au Vietnam. En temps normal, les Français peuvent rentrer sur le territoire vietnamien sans visa s’ils y restent moins de 15 jours. Nous avons bénéficié de cette exemption de visa à notre arrivée, le 1er janvier. Puis, voyant que nous nous plaisions au Vietnam, nous avons décidé d’étendre nos séjour. Petit passage infructueux à l’immigration ; nous avons donc du nous rendre dans une agence de voyage et moyennant quelques frais, nous avons pu rallonger notre séjour de 2 semaines. Les agences de voyage sont les référents pour les contacts avec les services d’émigration. 

Rapidement, la question de la suite s’est reposée car nous souhaitions rester au Vietnam au moins en février-mars.

Au Vietnam, les touristes français peuvent bénéficier de visas de 3 mois (cette possibilité n’existera plus à compter du 1er juillet 2020). Mais il faut se munir d’une lettre d’approbation rédigée par les services de l’immigration qui nous permet d’être « invités » sur le territoire. Quand nous avons voulu faire la nôtre, la fête du Têt approchait, et le prix des lettres d’approbation pour un visa de 3 mois avait tellement grimpé que nous avons du chercher comment faire autrement. J’ai passé de nombreuses heures en discussion virtuelle avec des agences de voyages. Finalement, nous avons fait un E-visa d’un mois, c’est-à-dire un visa fait sur internet, assez simple, et nous avons fait un Aller-Retour à la frontière cambodgienne de Moc-Bai Bavet avec l’agence de voyage IzyViet.

Je pensais que nous pourrions le renouveler pour un mois de plus, à peu de frais, comme nous l’avions fait la 1ère fois. Mais en me renseignant, j’ai réalisé que les prix indiqués sur les sites de référence (Tour-du-mondiste en l’occurence) étaient erronés : le renouvellement d’un E-visa est extrêmement onéreux. Financièrement, quand on est à Saïgon, il est plus intéressant de faire un visa run (un aller-retour à la frontière cambodgienne). Nous étions donc bon pour une nouvelle journée de route. Cette fois, nous avons pu faire notre lettre d’approbation pour un visa de 3 mois. J’ai aussi réservé un taxi et non des places dans un mini-bus, car au final, le taxi est moins cher, et… parce que j’avais été malade (et pas du Corona) dans le Mini-bus le mois précédant.

Aujourd’hui, toutes ces heures de prises de tête autour des visas sont ce qui nous permet d’être relativement sereins. En effet, nous avons repassé la frontière une semaine avant que les autorités vietnamiennes ne la ferme aux Français. Nous vivons donc un équilibre relatif puisque notre visa court jusque fin mai.

Alors, confinés ?

Notre vue depuis l’appartement

Le confinement commence officiellement aujourd’hui, 1er avril, et l’ambiance n’est pas à la blague. Malgré le peu de cas de corovirus, les autorités prennent les mesures préventives qui s’imposent : la vie s’arrête donc pour 15 jours. Nous sommes au régime de l’Europe, à ceci près que nous avons la sensation d’être vraiment bien pris en charge.

Ici, pas de papier à présenter pour justifier d’un déplacement. Soit on est en quarantaine et on ne sort pas, soit on est juste invités à rester au maximum chez soi, sans pour autant être surveillés. Les services de livraison de nourriture sont très développés et permettent à ceux qui le souhaitent de manger correctement et à un prix convenable sans sortir de chez eux. Nous n’y avons jamais eu recours, mais ça permet une gestion de crise optimum. 

Depuis 15 jours déjà, nous ne sommes pas personnellement en quarantaine, mais l’immeuble en face de chez nous, l’est. Il s’agit d’un Condo, l’un de ces immenses immeubles avec piscine, salle de gym et jardin en hauteur. Nous avons fréquenté les Condos en Malaisie où ils sont abordables. Ici, c’est le privilège des expat’, enfin privilège, aujourd’hui pas vraiment, puisque la plupart sont en quarantaine. La proximité avec un immeuble mis en quarantaine nous a donné des sueurs froides pendant quelques heures, surtout que l’historique du « cas » était retracé avec précision. Il s’agissait d’un pilote (la probabilité d’attraper le virus quand on voyage en avion est quand même très haute !!), et il était allé se balader dans le quartier avant d’avoir ses 1ers symptômes de Covid-19. En fait, il avait surtout été dans un bar pour fêter la saint Patrick. Aujourd’hui, le bar est définitivement fermé (traitement à la Vietnamienne !) et près de 200 personnes sont surveillées, toutes celles qui sont susceptibles d’avoir été à cette fête et-ou d’avoir fréquenté quelqu’un qui y aurait été. Heureusement les bars d’expat’ sont momentanément fermés et chacun reste chez soi en attendant que toutes les personnes qui auraient attrapé le Coronavirus développent des symptômes chez elles et soient transportées à l’hôpital.

Quelle différence avec la gestion de la crise du Covid-19 en France… Ici, si on redoute la propagation du virus, on sait néanmoins que les personnes infectées sont traitées et isolées. On sait aussi que plus personne d’autre que les Vietnamiens rapatriés n’entre dans le pays, et eux se mettent en quarantaine à leur arrivée. Si nous traversons la semaine prochaine avec prudence, le pays devrait dépasser la menace de la « 2nde vague de Covid19 » et attendre patiemment que le reste du monde s’en remette.

Notre quotidien du bout du monde

Coucher du soleil depuis le rooftop

Alors oui, nous sortons peu. Nous vivons au ralenti, comme le reste du monde, mais cela ne nous coûte pas vraiment. Nous n’avons jamais été ni grands fêtards ni même touristes à temps plein… ce serait éreintant, improductif (quand pourrions-nous travailler ?), et nettement moins satisfaisant que de partager simplement le quotidien des personnes au milieu desquelles nous vivons. Oui, on peut être globe-trotteur, grands voyageurs, et apprécier de vivre tranquillement ! Donc non, nous ne pâtissons pas plus de la crise que quelqu’un de sédentaire. Nous jouissons même davantage d’être installés pour quelque temps au même endroit, de nous poser vraiment, de faire de notre actuel appartement/immeuble/quartier/ville notre “chez nous”. N’est-ce pas notre ancrage de départ : vivre “partout chez soi” ?

Il faut dire aussi, en toute honnêteté, qu’ici, il fait 30° toute l’année, et à cette période, le temps est au beau fixe. On aura beau dire, le confinement quand on peut laisser la porte ouverte et prendre le soleil en mettant la tête dehors, c’est quand même plus plaisant que quand il fait froid et moche. Nous pouvons aussi nous rendre sur le toit terrasse matin et soir pour apprécier le soleil et la vue. Si c’est pas du luxe ça ! 

Le matin, je vais donc y boire mon café. Et à partir de l’heure du goûter, quand les grosses chaleurs sont passées, que le soleil baisse et que le vent se lève, j’y suis avec Raphaël pour lire, travailler et jouer jusqu’au coucher du soleil. Raphaël court au milieu de ce qu’il appelle « le labyrinthe des draps » ; il invente des codes en morse avec les fils de fer, crée des objets d’art abstrait avec les cintres et les pinces à linges. Puis il crée des scénettes, ce qu’il nomme « la télé du rooftop ». 

Nous contemplons ensemble le soleil qui passe du jaune aux teintes orangées et descend rapidement au loin. 

Parfois, nous prenons des bains de lune, allongés sur le carrelage, en contemplant les étoiles. Ou bien nous faisons la chasse aux gekkos, ces lézards des zones tropicales, qui  se faufilent sur les murs et mangent les petites bêtes. On aimerait en avoir un dans l’appartement qui s’occupe des fourmis 😉 

Quand le calme de la nuit nous enveloppe enfin, nous sortons en famille nous balader dans le quartier pour aller chercher à manger. A cette heure là, on se sent bien et protégés. Les fleurs exhalent un parfum d’été sans fin, une brise douce accompagne nos pas, nous savourons le fait de vivre ici au ralenti, profitant de chaque instant.

Pour nous voir et découvrir notre quartier en vidéo, c’est par ici, sur notre chaîne youtube Partout Chez Soi

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