VOYAGE / VIE NOMADE
Asterisk Bilan : un an de vie nomade au Vietnam – 2ème partie : mis en quarantaine par le gouvernement
Le 12/02/2021 par Isabelle

Alors que nous étions tranquillement installés à Hoi An, au centre du Vietnam, nous avons vu ressurgir la bête noire du Coronavirus jusqu’à être directement impactés puisque notre quartier fut mis en quarantaine.

Comment tout a démarré

Fin juillet, plusieurs cas de Covid-19 furent détectés dans la grande ville voisine de Danang. La nouvelle fut d’autant plus déstabilisante que la pandémie était parfaitement maîtrisée et que les frontières restaient fermées.

Ce virus avait-il le don de ressurgir spontanément ? Ou bien des Chinois clandestins se seraient-ils introduits dans le pays ? Les deux. Visiblement, des étrangers étaient venus travailler illégalement sans pour autant être porteurs du Coronavirus. Quant aux autres personnes malades, elles avaient fréquenté l’hôpital de Danang dans les semaines précédentes. Le virus était donc reparti de là. 

Il n’en fallut pas davantage pour que la psychose ressurgisse. Et manque de chance pour nous, l’un des malades était passé prendre un café dans le restaurant de notre propriétaire, situé à dix mètres de notre maison. C’est à cet endroit que nous nous installions tous les jours pour travailler…

Au même moment, nous apprenions que notre quartier était encerclé par les militaires ! Ils étaient en train de monter des barrières afin de nous isoler du reste de la ville.

En l’espace de quelques heures, et sans trop le réaliser, nous nous sommes retrouvés non seulement confinés à durée indéterminée, mais surveillés et considérés comme des « cas potentiels ».

Un vague relent de peste 

Concrètement, a priori, nous étions plutôt bien

En soi, le traitement n’a pas été désagréable : 

  • Stéphane a pu aller retirer de l’argent juste avant la fermeture des barrières, 
  • Des livreurs pouvaient venir jusqu’au check-point pour nous déposer de la nourriture,
  • Le gouvernement passait même nous déposer des denrées de base (nous avons eu plusieurs sacs de 10 kg de riz !) : un don assez surprenant de la part des autorités ; nos voisins d’en revenaient pas !
  • Nous pouvions également marcher dans le quartier pour nous défouler et par hasard, des amis étaient bloqués dans notre périmètre ; ainsi nous avons passé ces quinze jours à faire les 400 pas, à boire des bières le long de la rivière et les enfants ont pu jouer ensemble. Somme toute, ces vacances forcées restent un chouette souvenir.
  • Nous avons senti, de la part des autres habitants du quartier, à quelques exceptions près, que nous étions ensemble dans cette galère et que notre statut de “blancs” s’effaçait derrière celui, plus modeste et appréciable, de co-équipiers de fortune.

Quand on voit la petite vidéo tournée par Stéphane après une semaine de quatorzaine, on a presque l’impression d’avoir vécu une aventure sympathique !

Mais l’angoisse était bien là en filigrane

Ce qui a pesé, c’est l’incertitude :

  • N’allions-nous pas aussi contracter le Covid et donc être emmenés en quarantaine dans un centre commun ?
  • Etait-il possible qu’on nous sépare les uns des autres car ici, on ne fait pas dans la dentelle… ? Que deviendrait notre fils si nous étions emmenés…?
  • Pourrions-nous être rapatriés en cas de problème réel…? Pouvions-nous compter sur notre Ambassade alors qu’elle restait sourde à nos appels ?
  • Est-ce que cette quatorzaine aurait une fin puisque si quelqu’un du voisinage tombait malade, le secteur resterait barricadé et la surveillance serait accrue….?

Ajoutez à cela le test, des refus de livraison par peur viscérale de nous approcher et les nouvelles serinées à tue-tête en vietnamien par des « scooters-hauts-parleurs » et vous pourrez concevoir que le climat ambiant nous plongeait à tour de rôle dans un sentiment de malaise profond.

Délivrés… non pas tous

Finalement, personne n’a attrapé la Covid et les barrières ont été enlevées au bout de 14 jours. Nous avons immortalisé ce moment dans une vidéo et pris conscience, le lendemain, en nous baladant de nouveau dans la ville, de l’aspect irréel de cette expérience. Vivre au Vietnam en temps de pandémie, c’est formidable… tant qu’on n’est pas cas-contact.

Nos amis mis en quarantaine avec nous ont eut des suites plus désagréables encore. Comme ils vivent à Saïgon, ils sont repartis chez eux une semaine plus tard. Seulement, entre temps, la ville avait décidé de traquer toutes les personnes ayant séjourné dans les lieux maudits… Bien qu’ils aient été testés négatifs au Covid, comme nous tous, ils étaient, de retour chez eux, perçus comme un danger potentiel. Le lendemain de leur arrivée, une ambulance venait les chercher pour les mettre en centre de quarantaine, dans des conditions précaires et avec le risque avéré de contracter la maladie du fait de partager les sanitaires avec d’autres « détenus » (quelle autre comparaison prendre sinon celle d’une prison…?).

Oui, les mesures sont fermes pour protéger le plus grand nombre. Mais cela donne une nette impression… de sacrifier quelques uns sans ménagement.
Et le regard d’autrui, qui juge et vous regarde comme un danger est sans doute le pire de tout.

L’impératif de bouger pour vivre autre chose

A la suite de cette expérience qui, par empathie, s’est prolongée jusqu’à la fin de la nouvelle quatorzaine de nos amis, j’ai eu une irrépressible envie de fuir le lieu où nous nous étions pourtant tellement plus. Je ne parvenais plus à me retrouver, à me recentrer, à reprendre la dynamique constructive que j’avais pu avoir en juin et juillet.

A la mi-septembre, quand Danang a pu enfin respirer (la ville était encerclée depuis un mois et demi, et ses habitants strictement confinés), nous avons pu envisager sereinement de bouger à nouveau. Sereinement car nous ne risquions plus d’être interrogés sur notre lieu de provenance avec un scepticisme fort et le risque d’être rejetés. La deuxième vague était jugulée, la manière forte avait montré ses preuves.

C’est un peu ça aussi, les mesures prises au Vietnam : le sentiment d’insécurité et de rejet peut être intense et sembler durer à l’infini,
mais lorsque le vent tourne et que les craintes s’éteignent, il est réellement possible de vivre de nouveau l’esprit relativement léger. 

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Voir aussi la 1ère partie de notre année de vie nomade au Vietnam


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