VOYAGE / VIE NOMADE
Asterisk Bilan : un an de vie nomade au Vietnam – 4ème partie – notre choix de nous sédentariser en 2021
Le 18/02/2021 par Isabelle

Après presqu’un an au Vietnam, à vadrouiller, à apprécier les différentes possibilités qu’offre la vie nomade, nous aspirions à quelque chose de plus : nous installer vraiment quelque part. Nous étions alors à Cat-Ba, un lieu de villégiature magnifique, mais il n’y avait aucun appartement à louer et aucune vie sociale. Retourner à Hanoï ? Non, l’hiver allait commencer et en cas de re-confinement, nous serions bien mieux à la campagne. Après en avoir discuté, nous nous décidâmes, sans trop réaliser ce qui nous attendait, de revenir dans le centre du pays : direction Danang, la ville maudite de l’été 2020 !

Une halte à Hué

Pour revenir dans le centre du Vietnam, pas d’hésitation : nous reprîmes le train couchettes, depuis Hanoï, celui qui nous avait tellement plu dans l’autre sens (voir la 3ème partie de ce récit et notre chouette vidéo tournée à l’automne).

Mais cette fois, je souhaitais vraiment que nous fassions une halte à Hué, la capitale impériale. Naturellement, la ville était trempée ! Quelle idée aussi d’aller visiter un lieu touristique en plein air au milieu de la saison des pluies 😅!

Et voilà : même après plusieurs années de vie nomade, on a encore nos « ratés » ! 😇

Néanmoins, 24h de visite, même sous la pluie, ça donne un coup de fouet, comme un week-end dans une capitale européenne quand on habite en France (même si j’dis ça sans expérience en fait…). Ca change d’air, ça redonne une dynamique, ça re-situe le temps autrement : on a tout d’un coup l’impression de vivre plusieurs jours en un !

Danang sous la pluie

Les intempéries n’en finissaient pas. Le train pour Danang eut du retard. Et à notre arrivée, la pluie était encore torrentielle. J’avais convenu de visiter un appartement avec vue sur mer (tant qu’à faire… !). Sur les images, l’immeuble ressemblait aux condos malaisiens si agréables à vivre, ces immeubles au top de la modernité, avec un étage dédié à la piscine, la salle de gym et des activités pour enfants. En arrivant pourtant, il n’avait pas grand chose à voir avec eux : vieil immeuble, limite HLM, s’étalant sur 40 étages, avec des logements à l’identique et bas de plafond dans lesquels le vent du dehors sifflait au-dedans.
Nous nous sommes regardés, Stéphane et moi, et nous étions d’accord : pas question de passer un mois ici !

Heureusement, j’avais un plan B : une maison dans le centre ville, avec un hôte prêt à nous la faire visiter le soir-même. Comparativement, elle nous parue idyllique : grande, aménagée pour une famille et à proximité de tous les commerces. C’était nouveau, c’était mieux, nous étions enchantés.

Je passais les quelques jours suivant à astiquer la maison, inhabitée depuis des mois, tandis que Stéphane arpentait les environs pour nous ravitailler. 

Les alentours de notre maison regorgeaient de petits cafés et de stands de nourriture de rue. Ici, plus que partout ailleurs au Vietnam, les prix nous ont paru très bas, même si les commerçants avaient tendance à nous lancer un prix plus élevé en nous voyant pour la première fois.

C’est une habitude ici de faire des prix à la tête des gens, et en tant qu’Occidentaux, nous représentons une aubaine de gagner un peu plus. Parfois, nous nous prêtons avec complaisance à cette coutume qui ne nous coûte pas vraiment. Mais souvent, derrière l’attitude de celui qui réclame quelques Dong de plus (la monnaie locale), se cache une manière désobligeante de nous considérer, un peu comme si la personne semblait avoir gagné un point sur nous et se réjouir de nous avoir roulé. Dans ce cas là, nous ne revenons plus : donner généreusement oui, participer à la roublardise de nos interlocuteurs, non ! D’autant que la plupart des commerçants, quand ils nous voient revenir fréquemment à leur stand, nous proposent non seulement le bon prix, gage de confiance, mais nous offrent des portions plus généreuses, ce qui donne encore plus envie de revenir.

Cependant, dehors, la pluie tombait, l’eau remontait dans les ruelles, et cette humidité constante, mêlée à l’odeur des pots d’échappement, créaient une pesanteur inouïe. Au bout de quelques jours, nous finîmes par tomber malades à tour de rôle, en craignant d’être dénoncés par nos voisins comme « cas potentiels de covid ». De fait, la moitié de la ville semblait atteinte de ce virus, ce qui relativisa nos craintes. Mais concrètement, il nous fallut plusieurs semaines avant de pouvoir nous balader sans craindre de nous sentir oppressés par l’air ambiant. Pour être clair : ça puait, l’eau et les détritus remontaient, les rats vivaient là comme chez eux…. Beurk.

Pour ajouter une note positive à ce tableau réaliste, nous étions début décembre. La grande joie fut donc d’aménager la maison pour y fêter Noël. Nous avions un sapin et une guirlande clignotante : Raphaël était aux anges. Et puis cette grisaille constante, qui incitait à rester chez soi, nous rappelait finalement l’hiver français.

Au milieu de tout ça, nous avons même récrée notre routine de travail. Ecole le matin pour Raphaël puis sortie à l’Alliance française dès qu’une éclaircie le permettait. La bibliothèque était toute petite mais suffisante pour nous occuper un mois. J’y ai trouvé toute une série de romans datant de l’époque coloniale, avec en sus un livre étudiant cette littérature, de sorte que j’ai pu apprécier le style et l’histoire de chaque ouvrage tout en distinguant ce qui relevait de l’imaginaire de l’auteur et de la réalité de l’époque. A y bien réfléchir, c’était une occasion assez unique ; je n’aurais sans doute jamais ouvert ces vieux livres en d’autres circonstances.

Discernement professionnel

Pendant toute cette période, nous avons aussi vécu un discernement fort sur nos activités professionnelles respectives.

Je suivais alors régulièrement la page Facebook des enseignants autour du monde, Stéphane me partageant souvent son désir de redevenir professeur.

Je vis qu’un poste transversal s’ouvrait à Siem Reap, au Cambodge. En quelques jours, sa candidature fut déposée et retenue et les entretiens s’enchaînèrent. Mais pour entrer au Cambodge voisin, en cette période de Coronavirus, il faut passer par une quatorzaine à l’hôtel (sans avoir le choix de l’hôtel…) à 2.000 dollars par tête. Stéphane n’eut finalement pas ce poste mais nous passâmes une dizaine de jours à nous projeter dans cette éventualité de changer de pays.

Parallèlement, il fut contacté pour écrire une formation vidéo sur WordPress pour un organisme de formation en construction. L’offre était alléchante car il s’agissait de mêler le code et l’enseignement. Stéphane était très enthousiaste. Seulement le travail devait être rendu en un mois et plus les jours passaient, plus cela lui paraissait farfelu. En janvier, nous apprîmes que ce client n’était pas sérieux. Passer par les plateformes de free-lance, c’est aussi faire face à ce genre de déconvenues : des clients dont les projets ne sont pas solides….

Je décidai pour ma part de me renouer avec un projet qui m’avait travaillé quelques temps : me lancer dans la rédaction web, en parallèle de l’écriture de récits de vie. Jusque là, ce projet n’avait pas abouti car les formations existantes me paraissaient trop chères et inadaptées à mon profil. Quant aux missions des rédacteurs web, j’avais souvent l’impression qu’elles étaient sans intérêt et sous-payées. Allais-je apprendre à rédiger une fiche-produit bien référencée sur Google et rémunérée 0,01 centime le mot… moi qui avais connu les piges dans le journalisme, permettant d’interviewer des gens fascinants, de créer un contenu personnel et correctement rémunérées ? J’avais vite été désabusée.

Mais au cours de ce mois de décembre 2020, tout en m’interrogeant sur comment participer aux revenus de notre foyer, je tombai sur une formation en rédaction web au nom tellement prétentieux (soyons clairs) que je ne l’avais même pas considérée sérieusement à sa sortie. Cette formation, c’était la Meilleure Formation du Monde. Voilà. De quoi brusquer mon penchant à la simplicité, à l’humilité, à la cohérence entre le dire et le faire !

Pourtant, en explorant le programme, j’y retrouvai les ingrédients que j’avais moi-même mis en place pour mener à bien mon projet d’écriture de récits de vie.

Je découvrai soudain la rédaction appliquée au web avec discernement. Non plus simplement « vendre », encore moins « caser des mots-clefs », mais interroger le « pourquoi » d’une entreprise ou d’un site-web et son « pour qui » afin d’amener un contenu ciblé qui réponde vraiment aux besoins de quelqu’un. Alors la vente, alors le produit, ne sont plus qu’un moyen et le rédacteur un intermédiaire-collaborateur stratégique de son client. 

A y bien réfléchir, je choisissai cette formation parce que j’en avais déjà deviné la pertinence, comme on finance une action à laquelle on  a toujours adhéré. J’ai besoin de sens, de relation, de sentiment d’une cohésion interne. Le métier de communicant qui élabore une stratégie de contenu m’apparut sinon comme une révélation, du moins comme une manière ajustée de dégager un revenu complémentaire à mon activité de coeur : le coaching par l’écriture de récits de vie.

Je m’offrais donc un cadeau de Noël avant Noël, bien décidée à la rentabiliser rapidement. Immédiatement, je m’immergeais. Je naviguais dans l’interface théorique, je prenais des notes ; j’étais satisfaite de cette manière d’étudier. J’aime l’idée d’avoir toute une formation à disposition, en open bar, avec la possibilité d’évoluer à mon rythme. C’était une nouveauté pour moi dans ce petit milieu des formations en rédaction web, et rien que pour cette manière de faire, je sais gré à David Gos d’avoir monté la sienne !

J’appréciais aussi la multitude des sources vers lesquelles la formation nous renvoyait. Pas question d’avoir un long monologue du sacro-saint formateur. En affichant le nom a priori prétentieux de « meilleure formation du monde », l’optique était d’ouvrir un maximum de canaux et de donner la parole aux experts de chaque domaine.

Ajoutez à cela le souci d’aider les élèves à discerner ce qui leur importe vraiment, pour que leur stratégie soit elle-même pensée de manière ciblée, et vous comprendrez que ce titre pompeux n’est pas un absolu mais une invitation lancée à chacun de s’emparer de ses propres ressources pour créer une communication unique, là où la plupart se contentent d’appliquer la méthode d’un leader inspirant. 

J’étais donc à 100% dans cette formation, et lorsque Stéphane me proposa de nous poser vraiment, de nous installer enfin quelque part pour nous concentrer sur le travail et créer le cocon propice à chacun pour s’épanouir (notamment au niveau social), j’acceptai en en comprenant la pertinence. Oui j’étais heureuse dans cette liberté laissée par la vie nomade et en même temps, je saisissais que nous devions passer un cap, nous installer quelque part pour mieux avancer intérieurement. 

Les retrouvailles avec Hoi An

Comme nous connaissions Hoi An et que foncièrement, Danang sous la pluie nous avait dégoûté, je sélectionnai une dizaine de maisons à louer et nous prîmes un après-midi pour les visiter. 

Sur le trajet qui nous menait à Hoi An, je retrouvais une campagne baignée d’un doux soleil d’hiver, des rizières encore endormies et une impression inouïe d’être ici chez nous. Nous nous décidâmes pour la dernière des maisons que nous devions visiter. Comme pour la plupart de nos meilleurs logements, il y eut comme une évidence….

Nous sommes aujourd’hui, à force de bouger souvent, très au fait de ce qui nous fait du bien. Cette maison que nous avons choisie est environnée de rizières. Elle n’a pas de piscine comme la plupart des maisons d’expatriés des alentours, mais ce n’est pas notre besoin. Même pendant les longs mois de canicule (entre juin et août, il fait 40° tous les jours), nous préférons rouler en vélo jusqu’à la plage, au petit matin et en fin de journée, que d’avoir un plan d’eau à disposition devant chez nous. Ce qui nous importe, c’est d’avoir chacun un espace silencieux, de nous sentir à l’écart du monde et proche de la nature et bien sûr d’avoir un aménagement à l’occidental (si ce point vous intéresse, dites-le moi en commentaire, et je m’expliquerai). Cette maison bordée de cocotiers, avec ses balcons multiples, sa vue imprenable sur une parcelle, était ce qu’il nous fallait !

C’est pourquoi, malgré notre engouement pour le voyage, les relents de mauvais souvenirs de l’été dernier et l’incertitude globale de cette période (jusqu’à quand pourrons-nous bénéficier du renouvellement mensuel de nos visas touristiques ?) nous décidâmes de signer une bail de neuf mois. C’est peu, c’est beaucoup en même temps. Ça n’est pas enfermant pour autant puisque le prix du loyer est bien moindre que tout ce que nous avons loué jusque là. Ainsi, même si nous voulions reprendre la vie nomade ou même si nous devions rentrer en France, nous pourrions laisser la maison et la caution versée sans être perdant financièrement. C’est une sécurité pour nous sans être une pénalité énorme.

Voir notre vidéo sur Danang et notre installation dans notre nouvelle maison

Aujourd’hui, nous sommes donc sédentaires à l’étranger…

Notre aventure nomade a donc été mise en suspens. Nous sommes aujourd’hui sédentaires. Une toute nouvelle vie se présente à nous, dans laquelle nous pouvons :

  • inscrire Raphaël à des activités,
  • nouer de réelles relations avec nos voisins et la communauté d’expatriés,
  • établir un budget stable (comment budgétiser quand les prix varient d’un endroit à l’autre…?)
  • et surtout apprécier d’être posés quelque part.

Je n’ai plus, moi qui gère d’habitude les logements, à m’en préoccuper. Mine de rien, c’est un poids énorme en moins : finies les heures passées à fureter sur le web à la recherche de la perle rare qui remplisse tous nos critères (calme, espace, prix, sympathie des propriétaires, proximité des commerces).

Je n’ai plus non plus à m’interroger sur « avons-nous fait le bon choix ? ». Cette question, je l’ai portée ici deux semaines et puis elle m’a quittée : nous étions là, bien installés, je pouvais enfin relâcher cette pression.

Bouger c’est aussi avoir à s’adapter sans cesse, recréer une routine, prendre le pouls d’un lieu pour que chacun y trouve ses marques, gérer les imprévus, les émotions qui surgissent devant un inconnu inconfortable pour l’un ou l’autre. En restant ici, tout ce travail se fait au début puis disparaît pour laisser place à un quotidien tranquille, fait d’activités routinières choisies pour le plaisir qu’elles procurent.

Je me fonds avec délectation dans la simplicité qu’il y a à avoir un agenda fixe et vous savez quoi ? Je me retrouve avec tellement plus de temps devant moi : les journées sont longues, mon énergie est décuplée, je peux ménager les intérêts de chacun, travailler et faire l’école à Raphaël et l’accompagner pour des sorties sans avoir l’impression de manquer à l’un de ces postes fondamentaux. Pourquoi ? Parce que tout se met en place tranquillement, je sais que j’ai devant moi des mois pour le concrétiser, alors rien ne presse. Par exemple, j’ai laissé à Raphaël un mois de vacances avant de reprendre le travail formel. Pendant ce temps, il a travaillé l’écrit sous une forme plus spontanée : création d’un journal du matin, d’une BD, de récits. Et il a pu nouer des relations amicales. Etre déchargée de cette préoccupation scolaire, tout en sachant que nous reprendrions l’école le moment venu, m’a permis de me focaliser sur mes études, de m’immerger dans l’univers du Marketing et de la stratégie de contenu.

Il y a quelque chose d’étrange, sans doute, pour vous qui me lisez, à considérer qu’on peut d’autant plus apprécier la vie sédentaire qu’on a vécu en nomade. Si cette série d’articles fait émerger des questions, sentez-vous libre de les partager ici. Maintenant que j’ai plus de temps, je suis aussi plus efficace et souhaite reprendre la rédaction d’articles de blog à la demande ou à l’intuition. Aussi je ne manquerai pas de vous répondre !

Voir aussi notre vidéo d’Hoi An pendant les fêtes du Nouvel An lunaire

Nb : si vous êtes tenté.e vous ici de vous lancer dans la rédaction web, je suis à votre disposition pour répondre à vos questions sur la Meilleure Formation du Monde (la MFM). Je vous invite à suivre la mini-formation gratuite de David Gos pour vous faire une idée du contenu qui vous sera proposée dans la MFM. Et si cet article vous a plu et vous a donné envie de vous inscrire à cette formation, please please, revenez ici pour vous inscrire depuis ce lien qui me permettra de toucher quelques sous bienvenus en cette période de crise !



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