VOYAGE / VIE NOMADE
Asterisk Bilan : un an de vie nomade au Vietnam – 3ème partie – Fuir les typhons
Le 16/02/2021 par Isabelle

Après notre été tourmenté par la 2ème vague de Coronavirus au Vietnam, je ressentais un besoin pressant de repartir sur les routes et de voir la capitale du Vietnam, Hanoï ! J’avais aussi une autre idée en tête : fuir la saison des pluies, qui a lieu dans le centre du pays entre septembre et novembre et qui s’annonçait foudroyante en cette fin d’année 2020 : pas moins de six typhons, d’après les prévisions météorologiques ! Comparativement, Hanoï, située au nord du pays, allait commencer son automne soit une espèce d’été indien. J’avais hâte de vivre l’un des énormes avantages de la vie nomade : l’opportunité de profiter des lieux au moment où le climat y est plus agréable !

Pourquoi j’ai adoré Hanoï… alors que j’en gardais un souvenir effroyable

Ce que j’aime dans les grandes villes, c’est d’abord la vie culturelle et le fait de pouvoir en profiter au maximum du fait de notre mode de vie atypique.

Une des joies de l’Instruction En Famille, c’est en effet de pouvoir vivre en décalé : faire des sorties quand tout le monde travaille ! Et d’apprécier ensemble des plaisirs simples comme une pauses-café ou une balade fabuleuse que personne ne prend le temps de faire.

Dans les grandes villes, j’ai aussi le sentiment d’être complètement autonome. Je peux marcher ou prendre le bus, mener ma vie comme je l’entends. Cette remarque peut sembler paradoxale puisque notre mode de vie nomade est en soi un gage de vie libre ! Mais j’ai grandi dans une ferme et quand j’étais adolescente, les vacances puis la vie à Paris m’ont donné cette impression qui ne m’a jamais quitté depuis ! Je crois que je ressens dans les grandes villes une sécurité liée à la présence d’autrui et l’anonymat, mais aussi aux infrastructures crées pour favoriser l’efficacité dans l’activité.

En bref, dans les grandes villes, je me sens intellectuellement et intérieurement stimulée.

Pourtant, rien ne me prédisposait à apprécier de vivre au quotidien dans la capitale vietnamienne !

En effet, je gardais d’Hanoï un affreux souvenir… En janvier 2018, pendant notre Tour du Monde, nous y avions passé une semaine. C’était notre 1ère station en Asie du sud-est. Nous arrivions de Tahiti, avec une halte de deux jours à Aukland, en Nouvelle-Zélande, et une autre de trois jours à Hong-Kong. Nous avions la  perspective de séjourner longuement en Asie du Sud-Est pour bénéficier du coût de la vie très bas. Mais c’était la première fois que nous mettions un pied sur ce bout de continent et le Vietnam n’avait rien à voir avec la Corée du sud et le Japon, pays très industrialisés que nous avions visités à l’automne précédent, ou encore avec Hong-Kong dont nous arrivions tout juste. Cette fois, nous étions dans un monde aux antipodes de notre niveau de vie européen. 

Or, le soir de notre arrivée, à peine étions nous descendus du taxi que Raphaël partait tout seul en mode zombi. Le temps que nous sortions les bagages, il avait disparu…😱 Il fallut bien 10 minutes avant qu’une mamie le ramène en pleurs. Dix minutes pendant lesquelles j’eus le temps de vivre les montagnes russes émotionnelles. J’ignorais que les Vietnamiens sont un peuple droit et qu’ils ne feraient jamais de mal à un enfant. Je voyais des voitures qui allaient et venaient, j’imaginais le pire… 🥶

Dès le lendemain et pendant toute la semaine, je tenais fermement mon enfant dans les rues de la ville aux trottoirs quasi inexistants. Je m’effrayais du bruit et de la pollution. Et je contemplais ce brouillard persistant d’hiver sans savoir que l’été, Hanoï est une cuvette de chaleur insoutenable.

Pourtant, deux ans plus tard, j’avais envie de revoir Hanoï. Je sentais combien j’avais changé et j’avais envie de vivre ici une autre expérience.

Aguerrie dans l’art de réserver des logements qui nous conviennent sur Airbnb, j’optais pour un appartement réputé calme, à 20 minutes du centre ville et dans le quartier japonais.

Pour y arriver, nous avions décidé, comme à notre habitude, de prendre le train couchette et ce fut un moment tellement génial que je le recommande les yeux fermés : non seulement le train était quasi vide, mais la vue entre Danang et Hué est à couper le souffle !

J’aurais d’ailleurs apprécié de faire halte 24h dans l’ancienne cité impériale de Hué, mais à la suite de la 2ème vague de coronavirus, nous ignorions si le train s’y arrêterait. Finalement ce fut mieux ainsi car la ville fut ravagée par un typhon le lendemain de notre passage… 😥

De notre côté, nous étions arrivés dans la capitale vietnamienne et nous étions sur un nuage. Notre vidéo reflète la légèreté de ces quelques jours entre re-découverte de Hanoï et sentiment intense d’avoir chassé, par le simple fait de déménager, tous les sentiments négatifs du mois écoulé. Vietnam.

Pourquoi notre escapade à Sapa fut un désastre…

Portés par le souffle du voyage, nous reprîmes le train de nuit, direction les montagnes du nord et la fameuse ville de Sapa ! Nous étions à la mi-septembre et j’avais l’impression que c’était le moment ou jamais de s’y rendre pour faire l’expérience de la moisson du riz dans les hauteurs. Malheureusement, la ville était sous l’eau, et le brusque passage de 35° (minimum) à 15° nous mis en mauvaise posture pour apprécier les lieux (j’adore les euphémismes). Avec ça, j’avais fait l’erreur de réserver un homestay dans la ville au lieu d’en profiter pour vivre un séjour au vert. La gérante, dont nous étions les seuls clients, nous fit un accueil décapant. Elle avait mal compris notre réservation sur Booking et croyait mordicus avoir été arnaquée. Il était 7h du matin, nous étions à jeun, et nous devions subir les foudres de la personne censée nous mettre à l’aise. Nous étions sur le point de re-partir quand elle comprit son erreur. Mais cette note nous laissa une impression désagréable.

Dans la ville, les mendiants étaient légion, les commerçants très prompts à nous faire des prix indécents et la pluie tombait sans discontinuer. Raphaël tomba malade. Même si, vu le climat, il n’y avait aucun doute qu’il s’agisse d’un simple rhume et non du Covid, nous décidâmes de repartir assez vite.

Nos seules consolations, qu’on voit dans la vidéo, furent :

  • Un restaurant proposant une tartiflette, où nous passâmes deux après-midi complètes à jouer aux cartes en écoutant la playlist de vieux tubes français,
  • Une courte visite dans les environs de la ville ; enfin entourés de verdure, nous eûmes un instant l’impression d’avoir loupé l’essentiel…
  • Nos 24h à Lao Cai, la frontière avec la Chine.

Forts de cette mauvaise (mais courte) expérience à Sapa, que Stéphane a retracée en vidéo, toujours sur notre chaîne “Partout Chez Soi”, nous décidâmes de nous poser à Hanoï quelque temps, puisque l’appartement repéré la semaine précédente nous en avait donné un avant-goût appréciable.

C’était quoi notre quotidien à Hanoï ?

Commencèrent alors deux mois d’une vie particulière à Hanoï. Cette ville est appréciable pour ses cafés au charme fou. Stéphane a essayé tous ceux du quartier, travaillant ici puis là. Il y a un aspect très agréable, c’est que d’une fois sur l’autre, les serveurs se rappellent de vous et même de votre commande. Ça donne tout de suite l’impression d’être un client spécial. Comme en plus, il est possible de rester toute une journée dans un café sans gêner, c’est assez idéal pour travailler. A cette époque de l’année, en plus, l’air s’est radouci et la pluie s’est progressivement arrêtée : il y a comme un air d’été indien, qui dure facilement jusqu’à la fin novembre. En un mot, c’est le lieu parfait pour les free-lance aimant travailler dehors.

Stéphane présente dans cette vidéo de notre chaîne Youtube son quotidien et les lieux qu’il fréquentait à Hanoï.

Des cafés, à Hanoï, il y en a tous les dix mètres, et chacun a son charme…

Oui mais : travailler dehors a ses limites : être tout le temps à l’extérieur, du petit-déjeuner pris sur une petite chaise en plastique, jusqu’à la nuit tombée, use peu à peu. D’autant que la ville est polluée, énormément polluée, à cause du passage incessant des scooters, klaxonnant pour un oui pour un non, et dégageant avec leur pots d’échappement un nuage assez infect qui finit par encrasser nos poumons.

Pendant ce temps, cependant, je vivais avec Raphaël une routine plaisante faite d’étude le matin et de la fréquentation, tous les après-midi, de la médiathèque de l’Alliance Française de Hanoï.

Nous vivions depuis un an et demi comme un jeûne de culture livresque, téléchargeant seulement ici ou là quelques ebook. Tout d’un coup, nous avions de nouveau un univers spécialement dédié à l’ouverture sur la culture française. Devant ce vaste buffet, nous nous posâmes et mangeâmes goulument !

Raphaël divisait ses trois heures de présence en plusieurs parties : lecture d’un chapitre de roman, de quelques pages d’un documentaire puis enfin tout le reste du temps pour dévorer le rayon BD !

Je m’attelais pour ma part à explorer des écrits de tous styles et toute époque. Je me retrouvai souvent à dévorer un livre en une après-midi et à y réfléchir le soir, explorant sur Kindle tous les autres romans de l’auteur. Je refis ma culture contemporaine, je m’ouvris à des auteurs étrangers, je me permis d’aller où mon envie et ma curiosité me poussaient.

Ainsi, dans cette capitale chargée d’histoire, nous n’avons sans doute pas tout vu, même si nous allions régulièrement faire des visites ou simplement nous balader, comme le jour où nous avons réalisé cette vidéo. Mais nous avons authentiquement vécu une routine qui nous convenait.

Cat Ba : une parenthèse idyllique

Cependant Stéphane se lassait et nous décidâmes d’aller enfin découvrir la fameuse baie d’Ha Long, ou plus précisément l’île de Cat Ba située juste en face.

Nous arrivâmes sur une île désertée par les touristes.

Encore une fois, j’avais mal fait mon choix d’hôtel sur booking : au lieu d’une guesthouse charmante, nous arrivions dans une maison à peine isolée, donnant sur un chantier en travaux.

Sans plus de scrupules cette fois, nous reprîmes nos affaires et j’allais négocier un séjour ailleurs. Résultat : pour le même prix, nous nous sommes retrouvés dans un magnifique hôtel avec vue sur mer.

Pendant dix jours, nous avons vécu une parenthèse assez extraordinaire que Stéphane a réussi à rendre dans cette vidéo. Le pays était en partie sous la pluie mais un soleil d’été inondait Cat Ba : nous avons même pu nous baigner ! Nous vivions à la fois dehors et dedans, profitant de nos chambres et du balcon terrasse… pour ne pas dire de l’hôtel entier. Nous avions nos commerçants, notre routine du soir ressourçante, faite d’un dîner en front de mer puis d’une balade sur la digue. Même les karaokés, tous exposés à 10 m les uns des autres, créant une cacophonie sans nom, nous semblaient participer à cette atmosphère de vacances dont on porte la nostalgie des mois plus tard…

Notre coup de folie : la décision de revenir dans le centre du Vietnam

Mais séjourner à l’hôtel a ses limites. Nous avions besoin d’un chez nous et à Cat Ba, nous ne trouvions aucun appartement à louer. Comme cette constatation entrait dans une réflexion plus large sur le besoin de s’installer vraiment quelque part, nous avons décidé de partir avant de nous lasser.

J’avais pensé à nous installer à Dalat, dans le sud du pays, la petite Paris des années 1940. Le climat y est paraît-il très doux, mais la ville reste située dans les montagnes et la météo ne cessait d’indiquer « pluie + basses températures (tout est relatif… mais on était loin des 30° de la baie d’Ha Long ! 😅) ».

C’est à ce moment-là que nous avons pensé sérieusement à revenir dans le centre du pays. Après tout, nous étions été plutôt bien à Hoi An, en dehors de cette imprévisible retour du Covid. J’acceptai cette idée à la condition d’essayer de vivre d’abord à Danang, où j’avais repéré une Alliance française. J’espérais combiner les bienfaits de la ville et de la province, particulièrement en cette fin de saison des pluies où il semble préférable d’avoir quelques activités culturelles à portée de main. 

Mais c’était sans vraiment réaliser quel serait le contrecoup d’un changement de climat et de la pollution de la ville sur nos organismes… et notre moral.

A suivre

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